Equinoxe

Je te me déteste. Depuis le début. Il n’y aura pas d’après, je ne te suivrai pas. Je marche la tête en l’air pour ne pas suivre tes pas. Je m’évanouis dans des bains de fumée pour t’oublier. Sans jamais laisser rien paraître. Mais tu n’existes plus qu’à moitié, drôle de chimère ensorcelée. Et dehors, rien n’a changé. Les tulipes ploient sous le poids de la neige, qui fond. Et pleure. Mais j’oublie tout : je serai mon propre Pygmalion même si je dois m’adosser à toi pour ça. Tu disparais.

Pour toujours ? Tu reviens quand je m’y attends le moins et tu me surprends de dos. Délicieuse perfidie. Ce soir sera mon dernier. J’ai fait brûler tous les papillons du continent, ceux qu’on comptait par quatre ou par cent. Ceux qui restaient à inventer. Les ailes d’abord. Légères. Et je mêlais mes souvenirs aux cendres : soucis envolés par poignée.

Ton verre à ballon et ma robe à volant ont fait le tour plusieurs fois, rien ne sert de rafistoler, encore moins de s’attacher. J’essaye mais mes lames sont émoussées et mes larmes se pressent déjà. Y arriverai-je ce soir ? Car chaque nuit, et bien malgré moi, je retricote ce que j’ai tellement à coeur de détruire. Et je vois ton sourire hypocrite, à l’horizontal. Fil à couper le beurre, mais sans la douceur. Il ne restera rien de nous.

—–

EQUINOXE

Ta peau d’abord. C’est à elle que je pense en premier. Elle occupait toute la place, ta peau. Avant elle, je crois qu’il n’existait rien : je me heurtais au plafonnier, mite molle un peu affolée. Mais ça c’était avant, avant de te rencontrer. Avant ta peau. Ta peau glabre, bien accrochée sur son squelette finement sculpté. La peau d’un homme tranquille, une peau fidèle, une peau qui ne joue pas de mauvais tours. Pas de frisson à la surface, pas de borborygmes à l’intérieur. La peau d’un menteur ou bien celle d’un mort. J’aurais dû me méfier d’une peau si blanche, sans le moindre duvet. Poisson de lune sournois, tu glissais sous mes doigts. Tu m’échappais. J’avais beau essayer toutes les gammes sur ton corps, nous n’étions jamais vraiment d’accord. Nous étions une cadence imparfaite et ça nous suffisait. Mais ce non couple et cette sauvage disparition remontent d’un peu plus loin. Au temps de notre équinoxe. Celui de notre histoire heureuse bleu sur blanc et au présent.

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4 réflexions sur “Equinoxe

  1. Karine dit :

    Très bien écrit, bravo ! Autobiographique ?

  2. Marie dit :

    J’aime beaucoup…
    C’est sûrement la philosophe « du corps » qui réagit ici. La peau, tellement fondamental.
    Plus jeune j’ai été très touchée par la lecture du Moi Peau d’Anzieu. Et il y a quelques temps j’ai lu un super livre : « Dans ton corps ». Explosif. Touchant. L’histoire d’un homme qui se trouve miniaturisé et catapulsé dans le corps de sa femme.Il y découvre alors le charnel de l’intérieur. J’ai adoré cette phrase, clin d’oeil à Pascal : « Le silence de tes espaces infinis me réconforte ».

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