La femme cachée, Colette

IMG_6960 2J’ai profité d’un tour à Emmaüs pour acheter quelques romans classiques qui manquaient à ma bibliothèque. Que des Folio bien sûr, psychorigidité oblige.

Je n’avais jamais rien lu de Colette. Ou plutôt j’avais tenté mais sans succès. J’avais moins de dix ans et j’avais rangé dans MA chambre Le Blé en herbe. Je trouvais le titre (et la couverture) si beaux… Et j’ai dû me contenter de ce seul souvenir car je n’avais absolument rien compris et n’avais pas dû dépasser les toutes premières pages. J’étais décidée à retenter l’expérience presque vingt ans plus tard.

« La femme cachée » c’est le nom de ce recueil de nouvelles sur lequel je suis tombée. Et j’ai adoré. Ce sont de très brèves histoires (moins d’une dizaine de pages chacune) aux descriptions vivantes et pleine d’esprit. On y croise par exemple un promeneur de poule et un promeneur de renard, un homme à la femme bien trop jolie, deux automobilistes en panne ou encore un meurtrier en vadrouille. Une belle façon de parler de l’humain et de redécouvrir le début du siècle

Moi qui craignais de me heurter à nouveau aux mots de Colette, je découvre en fait un style riche, minutieux. Et Le Blé en herbe, ce sera sans doute pour bientôt.

La couleur de l’aube, Yanick Lahens

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Le titre m’a tout de suite attirée et les premières lignes ont eu raison de moi. La justesse de la langue est un vrai plaisir pour n’importe quel amateur de littérature et Yanick Lahens a vraiment l’art de manier les mots. Certains passages sonnent comme de purs moments de poésie en prose et je les ai relus plusieurs fois pour mieux les savourer. L’histoire se passe en Haïti : hier, Fignolé n’est pas rentré. Fignolé c’est le jeune frère d’Angélique et Joyeuse. Deux soeurs très différentes, deux choix de vie, deux façons d’affronter la difficulté et la douleur. Chacune leur tour, le temps d’une journée à la recherche de leur frère, elles prennent la parole. Cette construction s’articule autour de leur mère, pivot central et silencieux de ce foyer tourmenté.
Ce roman est une vraie gourmandise littéraire, mais aussi un questionnement plus large sur l’engagement, les choix, les objectifs que l’on poursuit et également pour ma part une découverte d’Haïti. Il m’avait été recommandé au salon du livre et je ne regrette pas d’avoir écouté ce conseil de lecture.
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Chemins, Michèle Lesbre

CheminsC’est une lecture comme une promenade. Michèle Lesbre nous invite à travers ce court roman à la suivre le temps d’une parenthèse tantôt apaisante tantôt nostalgique le long des chemins du souvenir et de l’imagination. Les deux s’entrecoupant régulièrement en de jolis chemins de traverse.

Un homme, assis sous un réverbère, semble se délecter d’une lecture improvisée. C’est sans doute cela le point de départ de Chemins. Des chemins. Attablée en terrasse à un bar, cette silhouette lui rappelle son père. Ce père qu’elle a très peu connu, décédé avant la cinquantaine. De l’un à l’autre il y a un roman commun : Scènes de la vie de bohème. Ce livre que lisait cet inconnu est le même titre auquel son père était particulièrement attaché. Elle se lance donc dans cette lecture le temps d’un séjour dans la maison de vacances de ses amis. Souvenirs d’enfance à Poitiers auprès de son père et déambulations estivales le long du canal de ses souvenirs alternent, dans ce que Michèle Lesbre considère comme une lettre de réconciliation post-mortem où elle donnerait de ses nouvelles à « cet intime étranger ».

L’écriture est comme toujours épurée. C’est un fleuve au cours tranquille et régulier. Une rapide mais reposante escapade. Et puis c’est toujours plaisant les lectures qui donnent envie d’en faire d’autres. C’est décidé, la prochaine ce sera Scènes de la vie de bohème de Henry Murger.

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Je, d’un accident ou d’amour, Loïc Demey

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Partir voir la mer et prendre le temps de se faire plaisir, faire une trêve de 48 heures et en profiter pour sortir des sentiers battus. J’avais pris dans mon sac un peu de poésie, moi qui suis plus habituée des romans. Mais ce titre m’a interpellée ; les quelques lignes lues à la dérobée plus encore. Je, d’un accident ou d’amour, c’est en quelque sorte une nouvelle poétique. Avec une particularité qui pourrait sembler désarmante : l’absence de verbes. Ici ils sont remplacés par des noms, des adverbes, des adjectifs et créent un univers particulier où la parole se retrouve chamboulée. Une histoire d’amour un peu compliquée, un choix à faire entre une femme éphémère et la femme de toujours. Une joie indicible, une peur indicible aussi sans doute qui font sens à travers cette ellipse nominale. Le résultat est très beau, très touchant. Trop court aussi, je m’y replongerai avec plaisir dans quelques jours ou quelques mois.

Chevrotine, Eric Fottorino

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Fottorino, j’aime bien. Acheter Fottorino dans la librairie de la ville où il habite, ça me plaît. Un roman qui se passe près de La Rochelle, ça m’intéresse. Bref, Chevrotine avait déjà tout bon, avant même que j’en tourne les premières pages.

Dès le départ Alcide annonce la couleur. Une ambulance doit venir le chercher. Avant cela il veut révéler à sa fille Automne comment sa mère est morte : il l’a tuée alors qu’elle était encore bébé. Il lui écrit : « Toutes les femmes attendent le grand amour. Ta mère cherchait son assassin. »

Le vieil homme replonge alors dans ses souvenirs. Celui d’un père veuf une première fois. Très aimant envers ses deux fils à qui il consacre tout son temps. Ensemble ils forment un trio heureux et équilibré. Jusqu’au jour où Alcide rencontre Laura. Une femme pétillante, pétulante, douée pour la vie et elle-même maman d’un petit garçon. Rapidement ils emménagent tous ensemble, forment une grande famille et Laura tombe enceinte. Jusque là l’histoire a tout d’un navet édulcoré. Sauf que c’est bien écrit, et plein de poésie et l’on sent que cette explosion de chaleur ne peut être que précaire.

Ce ne sont d’abord que quelques remarques à ses fils, quelques éclats de voix de la part de Laura, qui font vaciller Alcide. Mais dès qu’elle est en public, elle redevient joyeuse, taquine et langoureuse. Le poison se distille très lentement, ce sont ces «éclairs violets» qu’il remarque de plus en plus souvent dans son regard. Laura joue le chaud et le froid, toujours aussi manipulatrice, de plus en plus perverse. Alcide se réfugie dans son travail d’ostréiculteur, se replie sur lui-même et la laisse régner en démiurge tout puissant sur la maisonnée. La suite je vous laisse la découvrir.

C’est un roman original, que j’ai lu en quelques heures et qui me revient souvent à l’esprit. Le personnage d’Alcide, très touchant, et celui en parallèle de Laura, intéressant pour sa noirceur et son ambivalence, donnent de la profondeur à l’intrigue. J’aime assez également l’idée que les qualités féminines et maternelles ne soient pas là où on les attend. Fottorino nous présente ce qui pourrait être un banal fait divers mais depuis le vase clos du couple et de la famille. Un roman que je vous recommande donc.

Clair de femme, Romain Gary

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Cela faisait bien longtemps qu’un roman ne m’avait pas touchée de la sorte.

Clair de femme, c’est un court roman très sensible, très poétique aussi. Une vraie réflexion sur l’amour, sur le couple mais aussi sur la mort et ce qui y survit. Quand Michel rencontre Lydia c’est un accident, une rencontre fortuite autour d’un panier renversé. Mais si c’était plus que ça ? Le temps d’une nuit, ces deux éclopés de la vie vont tenter de se rencontrer, de se toucher, de s’approcher avec cette idée commune : tous deux sont orphelins de l’amour.

Car c’est bien par amour que l’épouse de Michel, Yannik, atteinte d’un cancer, lui a demandé de la laisser seule cette nuit là afin qu’elle puisse se suicider « en paix ». L’amour il en est aussi question dans cette confusion de sentiments que porte Lydia à son époux. Cet époux au cerveau détracté, dont les mots se mélangent en une fascinante bouillie verbale, après son accident de voiture qui a causé la mort de leur petite fille. L’amour ils l’ont connu, il n’est pas question d’oublier ni de remplacer simplement de survivre à deux. Et surtout de suivre la volonté de Yannik : « Je suis peut-être terriblement égoïste, mais pourquoi veux-tu que je ne continue pas à vivre et à être heureuse, quand je ne serai plus là ? Je te demande de ne pas faire de mon souvenir un petit magot jalousement gardé. Dépense-moi. Donne-moi à une autre. Ainsi ce sera sauvé. Je resterai femme. »

Ajoutez à ça le temps un peu trouble d’une nuit, une timide sensualité, un dresseur de chien haut en couleur qui craint plus que tout de mourir avant son caniche royal, des hésitations, une part de destin, une bonne dose d’humour et d’autodérision et surtout une poésie omniprésente. Je ne peux que vous recommander cette incroyable lecture. Clair de femme fait désormais partie de mes romans favoris.

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Mr Gwyn, Alessandro Baricco

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Alessandro Baricco. Rien que le nom, j’adore. J’ai l’habitude de me cantonner à des auteurs français parce que l’idée de traduction (et donc de dénaturisation de certaines sonorités, échos et subtilités) me dérange beaucoup. Il est pourtant dommage de passer à côté de certains génies, de ne pas découvrir certaines cultures et de négliger des chefs d’oeuvres pour cette simple question de « testament trahi ». Avec l’italien je me dis que la proximité des langues peut éviter ces écueils liés à la traduction. J’ai découvert Alessandro Barrico au lycée à travers « Noveccento pianiste », une œuvre très courte mais qui m’avait profondément marquée à l’époque (aujourd’hui il m’en reste simplement le souvenir d’une histoire de bateau, de citron et de TNT). Par la suite j’ai également lu « Soie » et « Sans sang », qui m’avait moins plu.

Bref, j’avais vraiment hâte de revenir à mes amours anciennes lorsque j’ai ouvert « Mr Gwyn ». Mr Gwyn est un écrivain un peu particulier. Après avoir publié trois oeuvres à succès, il rédige un article dans le Guardians dans lequel il évoque 52 choses qu’il ne fera plus. La dernière étant : écrire un roman. C’était sans compter sur ce besoin physique de manier la plume. Il décide de devenir copiste et de reproduire non pas des ouvrages mais des personnes. Une sorte de portraitiste qui aurait troqué ses pinceaux pour des mots. Pour cela il met en place un dispositif très particulier, le sujet pose nu durant près d’un mois dans un atelier à la lumière très étudiée, sur une bande musicale elle aussi très chiadée. Jasper Gwyn va ainsi découvrir une nouvelle façon d’appréhender l’écriture , de découvrir fondamentalement ses sujets et de les toucher personnellement.

Il en ressort donc une réflexion assez intéressante sur l’acte littéraire et les différentes formes qu’il peut emprunter. Le personnage principal, assez lunaire, est plutôt attachant et l’univers poétique, presque enfantin m’a séduite un moment. Cependant je dois avouer que je n’ai pas apprécié plus que cela ce roman, qui pour moi emprunte un peu trop la forme d’une « petite histoire » et manque parfois de finesse (notamment en ce qui concerne des « rebondissement » plutôt prévisibles).

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Tempête Deux novellas, J. M. G. Le Clézio

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Le Clézio, un de mes auteurs contemporains préférés ! Après avoir découvert Le chercheur d’Or, Désert, Ritournelle de la faim, Coeur brûle et autre romances et L’Africain, j’ai lu cet été Le Procès verbal (que j’ai adoré) et Histoire du pieds et autres fantaisies. J’attendais donc avec impatience son dernier roman. Sitôt acheté, sitôt dévoré.

Dans Tempête on retrouve de grands thèmes chers à l’écrivain : l’enfance, l’exotisme, des personnages féminins importants, une sensualité et une nostalgie très présentes. Je crois cependant que ce dernier roman m’a d’avantage plu que les autres encore. Peut-être parce qu’il est moins onirique au final que ses précédentes œuvres, plus réaliste tout en gardant ce caractère exotique et cette douce sauvagerie.

Le roman est composé de deux parties, deux histoires à part entières, des « novellas » dont il est question dans le titre. La première «Tempête » , se passe sur l’île d’Udo. Une île régulièrement balayée par les tempêtes, où vivent les « femmes de la mer », des pêcheuses d’ormeaux dont fait partie la mère de June. June est une jeune fille, au caractère bien trempé qui ne connaît pas son père. Elle fait la rencontre de Monsieur Kyo. De passage sur l’île il n’est ni tout à fait un autochtone ni un des ces touristes-clichés. Hanté par le souvenir d’un viol auquel il a assisté sans intervenir et par le suicide de son amante trente ans auparavant sur cette même île, il est empli de nostalgie, et semble être revenu pour mourir. Ces deux protagonistes très différents vont lier une étrange amitié, qui va les bouleverser, la nouvelle alternant les points de vue à la première personne entre ces deux narrateurs.

Dans la deuxième partie « Une femme sans identité », on suit le récit d’une petite fille née d’un viol en Afrique, adoptée par son géniteur mais rejetée par son entourage, si ce n’est par sa demi-soeur, Bibi, dont elle se sent proche et très éloignée à la fois. La famille déménage finalement à Paris, et Rachel devenue adolescente puis jeune femme coupe définitivement les liens avec sa belle-mère, sa demi-soeur puis avec la réalité de manière générale. Préférant les longues errances dans la capitale et nourrissant petit à petit une rage violente envers sa véritable mère, qui l’a abandonnée sans laisser de trace.

Cette construction binaire entre les deux novellas permet des échos et des clins d’oeil mais aussi une sorte de tissage qui lierait les deux parties en un seul roman. J’ai beaucoup apprécié cette lecture, je considère vraiment Le Clézio comme un grand auteur. Contrairement à ce que j’ai pu lire comme critiques parfois, je trouve son écriture formidable, à la fois riche et limpide, et les sujets de ses romans toujours passionnants. On retrouve ici la patte de l’écrivain, qui cultive ses thèmes de prédilection tout en se renouvelant. Son inventivité semble intarissable.

J. M. G. Le Clézio sera invité demain dans La Grande Librairie sur France 5. Il me tarde de l’entendre sur ce roman. D’autant plus qu’il n’aime pas spécialement l’exercice de l’interview.

Ecouter un extrait :

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Equinoxe

Je te me déteste. Depuis le début. Il n’y aura pas d’après, je ne te suivrai pas. Je marche la tête en l’air pour ne pas suivre tes pas. Je m’évanouis dans des bains de fumée pour t’oublier. Sans jamais laisser rien paraître. Mais tu n’existes plus qu’à moitié, drôle de chimère ensorcelée. Et dehors, rien n’a changé. Les tulipes ploient sous le poids de la neige, qui fond. Et pleure. Mais j’oublie tout : je serai mon propre Pygmalion même si je dois m’adosser à toi pour ça. Tu disparais.

Pour toujours ? Tu reviens quand je m’y attends le moins et tu me surprends de dos. Délicieuse perfidie. Ce soir sera mon dernier. J’ai fait brûler tous les papillons du continent, ceux qu’on comptait par quatre ou par cent. Ceux qui restaient à inventer. Les ailes d’abord. Légères. Et je mêlais mes souvenirs aux cendres : soucis envolés par poignée.

Ton verre à ballon et ma robe à volant ont fait le tour plusieurs fois, rien ne sert de rafistoler, encore moins de s’attacher. J’essaye mais mes lames sont émoussées et mes larmes se pressent déjà. Y arriverai-je ce soir ? Car chaque nuit, et bien malgré moi, je retricote ce que j’ai tellement à coeur de détruire. Et je vois ton sourire hypocrite, à l’horizontal. Fil à couper le beurre, mais sans la douceur. Il ne restera rien de nous.

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EQUINOXE

Ta peau d’abord. C’est à elle que je pense en premier. Elle occupait toute la place, ta peau. Avant elle, je crois qu’il n’existait rien : je me heurtais au plafonnier, mite molle un peu affolée. Mais ça c’était avant, avant de te rencontrer. Avant ta peau. Ta peau glabre, bien accrochée sur son squelette finement sculpté. La peau d’un homme tranquille, une peau fidèle, une peau qui ne joue pas de mauvais tours. Pas de frisson à la surface, pas de borborygmes à l’intérieur. La peau d’un menteur ou bien celle d’un mort. J’aurais dû me méfier d’une peau si blanche, sans le moindre duvet. Poisson de lune sournois, tu glissais sous mes doigts. Tu m’échappais. J’avais beau essayer toutes les gammes sur ton corps, nous n’étions jamais vraiment d’accord. Nous étions une cadence imparfaite et ça nous suffisait. Mais ce non couple et cette sauvage disparition remontent d’un peu plus loin. Au temps de notre équinoxe. Celui de notre histoire heureuse bleu sur blanc et au présent.

Standard, Nina Bouraoui

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Je trouve mes « critiques » trop futiles quand elles portent sur des classiques, j’ai trop souvent l’impression que tout a déjà été dit et que je n’apporte pas grand chose d’intéressant. J’avais donc envie de regarder du côté des nouveautés. J’ai finalement porté mon choix sur le dernier roman de Nina Bouraoui : j’avais beaucoup aimé « Mes mauvaises pensées » en 2005 et j’avais vraiment hâte de découvrir « Standard ».

« Standard » c’est le mot qui définit sans doute le mieux Bruno Kerjen. Bruno est un homme d’une trentaine d’années tristement banal, infiniment médiocre et dont le quotidien n’a pour objet ni plaisir, ni projet, ni ambition, ni futur. Tous les jours le même refrain, sans perspective plus réjouissante que les champs de colza sur lesquels donnent son appartement de Vitry. Se réveiller le matin pour aller travailler dans une entreprise de composants électroniques, accomplir les mêmes gestes tous les jours avec application, économiser cet argent, sans projet pour le dépenser, rentrer en banlieue, appeler des numéros surtaxés pour un moment de plaisir avec des call girls virtuelles.

Car Bruno a bien un problème : celui de ses relations aux femmes, leur odeur notamment ne lui inspire qu’un infini dégoût. Toutes sauf Marlène sans doute, cette image du passé qui l’obsède. Une fille du lycée pro avec qui il avait noué des relations ambiguës durant son adolescence ne sachant finalement si elle le considérait comme son frère, son meilleur ami ou son amant. Ses seules attaches un minimum affectives se trouvent finalement dans sa Bretagne natale : sa mère de plus en plus envahissante depuis le décès de son père, Gilles son seul vrai pote depuis l’adolescence, celui avec lequel il peut boire jusqu’à vomir. Et pleurer. Les jours s’enchaînent, toujours aussi insipides, son père meurt et pourtant rien ne change. Jusqu’au retour de Marlène. Un coup de pouce du destin ? Un nouveau coup de poignard dans le dos ? Bruno va tout tenter pour s’extirper de la mélasse de sa médiocrité, tenter de se réinventer pour se tester au jeu de la vie.

C’est assez déroutant finalement de suivre un anti-héros tout au long d’un roman. Pire qu’un anti-héros même : un homme gris, sans texture, on met longtemps à s’attacher au personnage infiniment apathique. Finalement c’est quand il révèle ses fragilités qu’il devient un peu plus humain. Mais tout cela a un coût.

J’ai beaucoup aimé la façon dont l’intrigue est traitée : pas de happy end, pas de « et finalement il se rendait compte qu’il pouvait devenir heureux et le devint ». Derrière la médiocrité on découvre tout de même une vraie personne, avec ses remises en question et son manque de confiance en elle, entre autres. La relation aux femmes est également très intéressante, notamment cette vision de Marlène comme une véritable pute mais aussi la seule femme qui le fasse rêver. J’ai été surprise des mots que l’écrivain femme a pu mettre dans la bouche, dans le regard et dans la pensée de cet homme et je pense que c’est finalement ce qui y a de plus profond dans ce roman, qui une fois de plus m’a beaucoup plu bien qu’un peu pessimiste.

 


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