Archives de Tag: livre

Les enchanteurs, Romain Gary

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Il fait gris, froid, nuit et triste. Les enchanteurs c’est tout le contraire. Une escapade incroyable dans les souvenirs de Fosco Zaga. Aujourd’hui vieillard, il revient sur son enfance, ses amours et ses aventures russes puis italiennes. Sensible depuis toujours aux mystères de la nature et petit dernier d’une célébrissime famille de magiciens, il grandit et évolue au milieu des saltimbanqueries, des tours de passe-passe, de voyages et de lunettes astronomiques. Et toujours sous l’oeil de Teresina, la jeune femme de son père. La famille doit d’abord soigner la Grande Catherine avant de partir pour l’Est auprès d’un terrible tyran puis pour Venise. Teresina est toujours là. Et l’obsession se fait amour. Un amour qui leur survivra puisque leurs heures sont comptées mais la magie de Fosco est peut-être celle du conteur, et des écrits qui échappent malicieusement aux mains du temps.

Ce roman est pour moi un vrai coffre aux trésors. En plus de l’écriture incroyable de Romain Gary, dont les seuls mots font voyager, les étoffes colorées, les odeurs de nourriture, les différents lieux traversés surgissent devant les yeux comme par magie, encore une fois. Le tout sur un ton malicieux, bienveillant et plein d’amour. Après La vie devant soi et Clair de femme, c’était donc le troisième roman de Romain Gary que je découvrais et je reste stupéfaite devant le talent de cet auteur, capable d’autant d’imagination à la fois réaliste et dépaysante au possible, avec toujours entre les lignes une nouvelle proposition de définition de l’amour.

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La couleur de l’aube, Yanick Lahens

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Le titre m’a tout de suite attirée et les premières lignes ont eu raison de moi. La justesse de la langue est un vrai plaisir pour n’importe quel amateur de littérature et Yanick Lahens a vraiment l’art de manier les mots. Certains passages sonnent comme de purs moments de poésie en prose et je les ai relus plusieurs fois pour mieux les savourer. L’histoire se passe en Haïti : hier, Fignolé n’est pas rentré. Fignolé c’est le jeune frère d’Angélique et Joyeuse. Deux soeurs très différentes, deux choix de vie, deux façons d’affronter la difficulté et la douleur. Chacune leur tour, le temps d’une journée à la recherche de leur frère, elles prennent la parole. Cette construction s’articule autour de leur mère, pivot central et silencieux de ce foyer tourmenté.
Ce roman est une vraie gourmandise littéraire, mais aussi un questionnement plus large sur l’engagement, les choix, les objectifs que l’on poursuit et également pour ma part une découverte d’Haïti. Il m’avait été recommandé au salon du livre et je ne regrette pas d’avoir écouté ce conseil de lecture.
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Mr Gwyn, Alessandro Baricco

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Alessandro Baricco. Rien que le nom, j’adore. J’ai l’habitude de me cantonner à des auteurs français parce que l’idée de traduction (et donc de dénaturisation de certaines sonorités, échos et subtilités) me dérange beaucoup. Il est pourtant dommage de passer à côté de certains génies, de ne pas découvrir certaines cultures et de négliger des chefs d’oeuvres pour cette simple question de « testament trahi ». Avec l’italien je me dis que la proximité des langues peut éviter ces écueils liés à la traduction. J’ai découvert Alessandro Barrico au lycée à travers « Noveccento pianiste », une œuvre très courte mais qui m’avait profondément marquée à l’époque (aujourd’hui il m’en reste simplement le souvenir d’une histoire de bateau, de citron et de TNT). Par la suite j’ai également lu « Soie » et « Sans sang », qui m’avait moins plu.

Bref, j’avais vraiment hâte de revenir à mes amours anciennes lorsque j’ai ouvert « Mr Gwyn ». Mr Gwyn est un écrivain un peu particulier. Après avoir publié trois oeuvres à succès, il rédige un article dans le Guardians dans lequel il évoque 52 choses qu’il ne fera plus. La dernière étant : écrire un roman. C’était sans compter sur ce besoin physique de manier la plume. Il décide de devenir copiste et de reproduire non pas des ouvrages mais des personnes. Une sorte de portraitiste qui aurait troqué ses pinceaux pour des mots. Pour cela il met en place un dispositif très particulier, le sujet pose nu durant près d’un mois dans un atelier à la lumière très étudiée, sur une bande musicale elle aussi très chiadée. Jasper Gwyn va ainsi découvrir une nouvelle façon d’appréhender l’écriture , de découvrir fondamentalement ses sujets et de les toucher personnellement.

Il en ressort donc une réflexion assez intéressante sur l’acte littéraire et les différentes formes qu’il peut emprunter. Le personnage principal, assez lunaire, est plutôt attachant et l’univers poétique, presque enfantin m’a séduite un moment. Cependant je dois avouer que je n’ai pas apprécié plus que cela ce roman, qui pour moi emprunte un peu trop la forme d’une « petite histoire » et manque parfois de finesse (notamment en ce qui concerne des « rebondissement » plutôt prévisibles).

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Tempête Deux novellas, J. M. G. Le Clézio

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Le Clézio, un de mes auteurs contemporains préférés ! Après avoir découvert Le chercheur d’Or, Désert, Ritournelle de la faim, Coeur brûle et autre romances et L’Africain, j’ai lu cet été Le Procès verbal (que j’ai adoré) et Histoire du pieds et autres fantaisies. J’attendais donc avec impatience son dernier roman. Sitôt acheté, sitôt dévoré.

Dans Tempête on retrouve de grands thèmes chers à l’écrivain : l’enfance, l’exotisme, des personnages féminins importants, une sensualité et une nostalgie très présentes. Je crois cependant que ce dernier roman m’a d’avantage plu que les autres encore. Peut-être parce qu’il est moins onirique au final que ses précédentes œuvres, plus réaliste tout en gardant ce caractère exotique et cette douce sauvagerie.

Le roman est composé de deux parties, deux histoires à part entières, des « novellas » dont il est question dans le titre. La première «Tempête » , se passe sur l’île d’Udo. Une île régulièrement balayée par les tempêtes, où vivent les « femmes de la mer », des pêcheuses d’ormeaux dont fait partie la mère de June. June est une jeune fille, au caractère bien trempé qui ne connaît pas son père. Elle fait la rencontre de Monsieur Kyo. De passage sur l’île il n’est ni tout à fait un autochtone ni un des ces touristes-clichés. Hanté par le souvenir d’un viol auquel il a assisté sans intervenir et par le suicide de son amante trente ans auparavant sur cette même île, il est empli de nostalgie, et semble être revenu pour mourir. Ces deux protagonistes très différents vont lier une étrange amitié, qui va les bouleverser, la nouvelle alternant les points de vue à la première personne entre ces deux narrateurs.

Dans la deuxième partie « Une femme sans identité », on suit le récit d’une petite fille née d’un viol en Afrique, adoptée par son géniteur mais rejetée par son entourage, si ce n’est par sa demi-soeur, Bibi, dont elle se sent proche et très éloignée à la fois. La famille déménage finalement à Paris, et Rachel devenue adolescente puis jeune femme coupe définitivement les liens avec sa belle-mère, sa demi-soeur puis avec la réalité de manière générale. Préférant les longues errances dans la capitale et nourrissant petit à petit une rage violente envers sa véritable mère, qui l’a abandonnée sans laisser de trace.

Cette construction binaire entre les deux novellas permet des échos et des clins d’oeil mais aussi une sorte de tissage qui lierait les deux parties en un seul roman. J’ai beaucoup apprécié cette lecture, je considère vraiment Le Clézio comme un grand auteur. Contrairement à ce que j’ai pu lire comme critiques parfois, je trouve son écriture formidable, à la fois riche et limpide, et les sujets de ses romans toujours passionnants. On retrouve ici la patte de l’écrivain, qui cultive ses thèmes de prédilection tout en se renouvelant. Son inventivité semble intarissable.

J. M. G. Le Clézio sera invité demain dans La Grande Librairie sur France 5. Il me tarde de l’entendre sur ce roman. D’autant plus qu’il n’aime pas spécialement l’exercice de l’interview.

Ecouter un extrait :

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Standard, Nina Bouraoui

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Je trouve mes « critiques » trop futiles quand elles portent sur des classiques, j’ai trop souvent l’impression que tout a déjà été dit et que je n’apporte pas grand chose d’intéressant. J’avais donc envie de regarder du côté des nouveautés. J’ai finalement porté mon choix sur le dernier roman de Nina Bouraoui : j’avais beaucoup aimé « Mes mauvaises pensées » en 2005 et j’avais vraiment hâte de découvrir « Standard ».

« Standard » c’est le mot qui définit sans doute le mieux Bruno Kerjen. Bruno est un homme d’une trentaine d’années tristement banal, infiniment médiocre et dont le quotidien n’a pour objet ni plaisir, ni projet, ni ambition, ni futur. Tous les jours le même refrain, sans perspective plus réjouissante que les champs de colza sur lesquels donnent son appartement de Vitry. Se réveiller le matin pour aller travailler dans une entreprise de composants électroniques, accomplir les mêmes gestes tous les jours avec application, économiser cet argent, sans projet pour le dépenser, rentrer en banlieue, appeler des numéros surtaxés pour un moment de plaisir avec des call girls virtuelles.

Car Bruno a bien un problème : celui de ses relations aux femmes, leur odeur notamment ne lui inspire qu’un infini dégoût. Toutes sauf Marlène sans doute, cette image du passé qui l’obsède. Une fille du lycée pro avec qui il avait noué des relations ambiguës durant son adolescence ne sachant finalement si elle le considérait comme son frère, son meilleur ami ou son amant. Ses seules attaches un minimum affectives se trouvent finalement dans sa Bretagne natale : sa mère de plus en plus envahissante depuis le décès de son père, Gilles son seul vrai pote depuis l’adolescence, celui avec lequel il peut boire jusqu’à vomir. Et pleurer. Les jours s’enchaînent, toujours aussi insipides, son père meurt et pourtant rien ne change. Jusqu’au retour de Marlène. Un coup de pouce du destin ? Un nouveau coup de poignard dans le dos ? Bruno va tout tenter pour s’extirper de la mélasse de sa médiocrité, tenter de se réinventer pour se tester au jeu de la vie.

C’est assez déroutant finalement de suivre un anti-héros tout au long d’un roman. Pire qu’un anti-héros même : un homme gris, sans texture, on met longtemps à s’attacher au personnage infiniment apathique. Finalement c’est quand il révèle ses fragilités qu’il devient un peu plus humain. Mais tout cela a un coût.

J’ai beaucoup aimé la façon dont l’intrigue est traitée : pas de happy end, pas de « et finalement il se rendait compte qu’il pouvait devenir heureux et le devint ». Derrière la médiocrité on découvre tout de même une vraie personne, avec ses remises en question et son manque de confiance en elle, entre autres. La relation aux femmes est également très intéressante, notamment cette vision de Marlène comme une véritable pute mais aussi la seule femme qui le fasse rêver. J’ai été surprise des mots que l’écrivain femme a pu mettre dans la bouche, dans le regard et dans la pensée de cet homme et je pense que c’est finalement ce qui y a de plus profond dans ce roman, qui une fois de plus m’a beaucoup plu bien qu’un peu pessimiste.

 


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